
☼ Mon voisin cet inconnu au bout du couloir ☼
Mon voisin cet inconnu au bout du couloir …
Ce texte a été écrit il y a tout juste un an … Nos nouveaux voisins emménagent ce week-end, j’angoisse un peu, j’avoue !
Il y a deux ans, « Papy » est mort. C’était un très, très vieux Monsieur (je mets une majuscule intentionnellement) auquel je m’étais attachée même si nous n’avions que des rapports de bon voisinage. Je vous en parlerai. J’ai souvent commencé à écrire sur lui et je n’ai jamais été au bout, mais je me dis que s’il y a une personne dont j’ai envie de me souvenir à Zombieland, c’est lui.
Après une période un tantinet angoissée à nous demander quel genre de voisins allait prendre la relève dans l’appartement du rez-de-chaussée droit, nous avons vu emménager un jeune couple avec un bébé, un Amour de Petite Fée totalement craquante.
Papa et Maman n’avaient pas l’air plus sociable que nous. Ça m’allait parfaitement. Je suis adepte du « Bonjour-bonsoir » et du « chacun chez soi », ce qui n’empêche pas de s’inquiéter quand on ne voit pas quelqu’un depuis un moment, ni de dépanner en allant chercher des médicaments à la pharmacie en cas de besoin, ou le pain, ou sortir le chien en cas de cheville cassée, ni de garder les clefs de secours de la plupart de nos voisins. C’est pour moi le minimum syndical.
Pour en revenir aux nouveaux locataires, a priori, ils semblaient être les voisins qu’on pouvait avoir envie d’avoir pour voisins. Bien propres sur eux, l’air discret, attentifs à leur petite Puce.
Nous avons vite déchanté. J’ai du faire assez rapidement la translation de notre chambre vers le fond de l’appartement et renoncer à ce qui était sans doute la plus jolie pièce de notre «Home Sweet Home » pour fuir les désagréments des mœurs nocturnes de nos nouveaux voisins dont le sport favori était le claquage de porte et les allers et venues incessantes et fort bruyantes la nuit de préférence (bah oui, sinon ce n’est pas drôle !).

Ma Maman m’a appris qu’une porte ne se claque pas, qu’une porte ça s’accompagne, en douceur, délicatement et ce à plus forte raison quand on vit en collectivité.
Elle m’a aussi appris d’autres choses bien utiles sur la vie en collectivité, choses que j’applique encore aujourd’hui tant elles sont la base.
On ne claque pas les portes, on les accompagne.
On porte des chaussons et non des chaussures dans l’appartement.
On met des patins sous ses meubles pour pouvoir les bouger facilement et ne pas faire de bruit en les bougeant.
On ne laisse pas les enfants courir, crier, sauter, jouer aux billes. Un appartement n’est pas une cours de récréation.
Quand on raccompagne des invités, on leur dit au-revoir dans l’appartement et pas sur le palier.
On ne tient pas de conversation longue sur le palier. On invite son interlocuteur à entrer et on discute derrière la porte fermée.
On ne met pas la télévision (ou la musique) fort. On utilise un casque quand on la regarde tard ou tôt pour ne pas gêner (le sommeil des gens).
On ne fait pas de cavalcade dans les escaliers.
On ne joue pas dans les escaliers, ni dans l’entrée.
On ne descend pas les escaliers en patins à roulettes.
On ne fait pas de vélo ou de trottinette dans les couloirs de l’immeuble.
On ne jette pas de papier, mouchoirs ou détritus dans l’entrée.
On ramasse sa poubelle si le sac lâche et on nettoie pour que l’entrée ou les escaliers restent propres.
On ne fume pas, on ne crache pas, on ne tient pas salon dans l’entrée.
Ce n’était pas de son époque, mais elle aurait sûrement ajouté à cette liste :
On demande à son interlocuteur de bien vouloir rappeler un peu plus tard ou proposer de le rappeler, pour ne pas faire profiter à tous de sa vie privée ou autre en répondant au téléphone.
Elle aurait pu ajouter :
On ne tague pas, on ne dégrade pas, on n’urine pas, on ne met pas le feu dans l’entrée.
Mais c’était une autre époque ! Une époque « Avant, c’était mieux, mais ça c’était avant ! »
Je vis depuis une cinquantaine d’années avec ces règles et j’y suis terriblement attachée. Je sais, je suis très convenue, conventionnelle, coincée, psychorigide, voire extrêmement chiante (c’est le terme exact) avec ça !
La règle, c’est la règle, on ne badine pas avec !
Mais tu vis à quelle époque ma Pauvre Chérie ?
Pas à la bonne sans doute puisque de nos jours, la règle principale est celle du :
« Je fais ce que je veux »
« Rien à battre des voisins »
« J’m’en fous, je suis chez moi, je fais ce que je veux ! »
« Si tu n’es pas content, casse-toi pôv’con(ne) ! »
… et pour peu que tu insistes un peu, tu as toutes les chances de voir ta voiture victime d’une combustion spontanée un soir de pleine lune.
Mouais … C’est ce que je disais un peu plus haut: « Avant, c’était mieux, mais ça c’était avant ! »
Pardon pour la digression ! Je m’égare, je me perds, je m’embrouille, je ratiocine, je tergiverse, je louvoie et je me perds !

La mort dans l’âme, j’ai donc sacrifié ma jolie chambre mauve et blanche, où je me sentais bien, où tout était comme j’aime pour la déménager dans une pièce qui ne s’y prête pas, dont je n’ai pas pu refaire la tapisserie, ni la peinture ! (Dans une autre vie, à la suite du décès de mon premier compagnon, j’ai juré « plus jamais je dors dans une chambre bleue ! » Et devinez ! La tapisserie de cette pièce est… bleue ! )
La pièce du fond, c’était la pièce multi-usages de l’appartement : espace de stockage, bureau, nursery et salle de récréation pour Bébés Chats, atelier de bricolage, bref, un « joyeux boxon » plus ou moins organisé, mais que personne en dehors de nous ne pouvait voir.
Or qui dit translation, dit translation de cette pièce dans l’ancienne chambre … près de l’entrée.
Personnellement je trouve déprimant d’entrer chez moi et de voir le bazar … j’ai eu beau me creuser la tête pour faire en sorte que ça fasse « propre », ce bric-à-brac reste un bric-à-brac. Il faudrait d’autres meubles plus fonctionnels, des rangements, bref, un budget minimal pour faire quelque chose de « cenwennement correct » mais je ne l’ai pas.
Je passe pas mal de temps dans la pièce multi-usages vu que j’y ai mon ordinateur (et Binôme Adoré Chéri) aussi.
Nous avons fini aussi par remonter de la cave, une des portes pourries de l’appartement (une longue histoire, pour une autre fois) et la réinstaller, ultime rempart contre la vue sur le désordre, la fumée des joints de nos squatteurs d’entrée et les allers et venues vespérales et nocturnes des voisins.

J’avoue qu’en deux ans, je me suis posé pas mal de questions sur mes voisins. Pas de boulot officiel, quelques missions d’intérim de temps en temps pour elle, deux voitures neuves (chacun la sienne), des vêtements de marque (mais rien d’ostentatoire), des colis livrés toutes les semaines par la Poste.
Sachant qu’avec un salaire, on tire le diable par la queue avec un loyer dont les charges ne cessent d’augmenter et qui mange 40% de nos revenus, même sans être curieuse, parfois, je me suis demandé quelle était la source de leurs revenus.
Parfois, je disais en étant à moitié sérieuse « bah, il doit dealer ! » conclusion qui ne faisait pas sourire Binôme Adoré Chéri dont les pensées avaient suivi un cheminement parallèle.
Le mois d’Août a été étrange. On a eu l’impression que les voisins d’en face déménageaient des affaires, mais c’était uniquement la nuit. Je me suis posé une nouvelle série de questions, puis j’ai haussé les épaules ! Ce n’était pas mon problème et vu qu’une collègue de Binôme Adoré Chéri venait de nous raconter que ses nouveaux voisins avaient emménagés en week-end à plus de 23h00, j’ai classé l’incident « sans suite ».
En septembre, on a entendu beaucoup de bruits, de jour comme de nuit. Et un matin, j’ai vu la Maman de Petite Fée s’en aller, avec toutes ses affaires. Petite Fée est restée avec son Papa. J’ai eu de la peine. Pour elle et pour lui. Je le voyais s’occuper d’elle comme un vrai Papa Poule. J’entendais ses rires de petite fille, ses pleurs aussi (les murs sont fins comme du papier à cigarette) et je l’entendais la consoler. Mais ça avait l’air d’aller.
Et puis, il y a quelques mois, nous avons remarqué de nouvelles têtes dans le voisinage. Ce n’était pas en permanence, mais plutôt par cycles.
Puis des gens sont venus frapper à la porte du rez-de-chaussée droit. Sans réponse.
Mais bon, de toute manière, comme ils n’ouvraient jamais à personne, ça ne changeait pas grand chose. Systématiquement les entreprises qui assurent la maintenance (chauffe-eau, robinets, plomberie, ventilation) dans la cité, finissaient par sonner à ma porte en me demandant si je savais si mes voisins étaient là ou dans quel créneau ils étaient chez eux.
Mais ces nouvelles têtes qui ne faisaient que passer et passer à nouveau, puis disparaissaient et revenaient, ça ressemblait plus à une discrète surveillance du secteur. Mais bon, ici, c’est Zombieland, vu ce qu’il s’y passe quotidiennement, ça n’a rien d’étonnant.
Il y environ trois semaines, en pleine nuit, un fracas épouvantable nous a réveillé en sursaut. Voisin du Troisième Étage Droit est descendu comme une bombe et à mis en fuite deux individus qui s’attaquait à la porte d’en face à coups de marteaux. Je ne sais pas si c’est du réflexe ou de l’inconscience, mais il aurait pu avoir chaud aux plumes 🙁
Lundi dernier, à partir de midi, il s’est passé un truc un peu plus étrange que d’habitude. Un gars « costard-cravate-petites fiches à la main» s’est mis à faire des allers et retours entre sa voiture et notre entrée, une bonne demi-douzaine de fois dans l’après-midi. Je l’ai entendu sonner à plusieurs reprises chez les voisins qui, selon leur habitude, n’ont pas ouvert.

Mardi, alors que je surveillais un riz au lait dans ma cuisine, j’ai entendu beaucoup de bruit dans l’entrée. Quelqu’un tapait sur la porte du voisin, de manière tellement insistante que j’ai cru que l’incident d’il y a trois semaines se reproduisait. J’allais appeler la Police quand on a frappé à ma porte.
« Police ! Vous pouvez ouvrir s’il vous plait ? »
Ils ont bien fait de se signaler parce que vu le bruit juste avant, je n’aurais pas ouvert autrement !!! Folle à lier sans doute, mais pas complètement barge ! Et puis, j’ai des Bébés Chats à charge ! On ne rigole pas avec ça !
Et là, je me trouve nez à nez avec trois policiers en civil et un groupe de huit ou neuf en noir, équipés, en plus des gilets pare-balles, d’un très joli-choupi mais compact et redoutable bélier d’assaut !
Gloups ! Je crois bien que c’est le bruit qu’à fait ma pomme d’Adam en tombant au fond de ma gorge. (Oui parce que j’ai vérifié, nous les femmes avons bien une pomme d’Adam même si elle est invisible ! C’était la minute inutilement culturelle de billet !)
« Votre voisin est là ? »
« Je ne sais pas. Il n’a pas d’horaires fixes. »
« Merci Madame. Si vous pouviez vous éloigner de votre porte et aller au fond de votre appartement. »
…
J’ai fermé ma porte. J’ai suivi les consignes. (je vous l’ai dit, folle à lier, pas dingue ! )
Et là l’enfer s’est déchainé !
J’ai vu le bélier. J’ai vu les hommes en noir.
Je suis fan de Law and Order, de New York Unité Spéciale, mais rien de ce que j’ai vu ou entendu dans les séries ne m’a préparé à la violence du bruit, à la résonance des cris, aux vibrations qui se sont propagées sous mes pieds. J’ai cru que j’allais faire un malaise cardiaque tellement mon cœur battait à tout rompre. Et je ne vous parle même pas du stress que ça a engendré chez nos chats ! Il a fallu plusieurs jours pour qu’ils retrouvent leur calme et leur sérénité.
« Au sol ! Au sol ! T’es tout seul ? »
Ce sont les mots que j’ai entendu quand le bruit a enfin cessé.
Mon voisin, cet inconnu au bout du couloir est sorti, imperturbable, menottes aux poignets, entourés de 6 policiers et embarqué dans une voiture banalisée.
Il a passé 24 heures en garde à vue. Il est rentré chez lui comme si de rien n’était. Il a repris sa petite vie comme si rien ne s’était passé. Je l’entends rire, aller et venir, ouvrir ses volets à l’arrache comme d’habitude. Il a changé de voiture. La maman de Petite Fée est revenue et n’a pas l’air perturbée elle non plus.
Par contre, nous, les voisins, c’est une autre histoire.
Voisine du premier étage gauche (au dessus de notre appartement) a fait un malaise cardiaque. Elle est au repos à la campagne depuis.
Pour les autres on sursaute au moindre bruit ou au moindre silence prolongé ! Car c’est un paradoxe. On a tellement l’habitude de certains bruits que de ne plus les entendre crée une légère mais très réelle et palpable angoisse, surtout la nuit.
On en a parlé, un peu, juste un peu sans plus, entre nous, les voisins de l’immeuble et de l’immeuble à côté.
Nous sommes perplexes.
Parce que même si désormais, avec tout ce qui s’est passé depuis un an en France et l’État d’urgence, les forces de l’Ordre doivent se protéger et qu’ils sont plus nombreux lors des interventions (et ce n’est pas moi qui vais émettre une critique ayant un frère sur le terrain et une Amie dont le fils est aussi sur le terrain. Tout ce qui peut les ramener en entier chez eux, dans leur famille doit être mis en œuvre), je me demande bien ce que notre voisin a pu faire pour qu’on assiste à une descente comme celle-là.

La version posée de mon cerveau, la rationnelle, prosaïque et bassement matérielle me dit que c’est sans doute un problème d’impayés (train de vie au-dessus de leurs moyens).
La version déjantée de mon cerveau, celle à l’imagination débordante et névrosée, me dit que mon voisin, cet inconnu au bout du couloir est un dealer, un « criminel ».
J’essaye de ne pas me faire de film. Je ne porte pas de jugement. Je ne marche pas dans les mocassins de mon voisin. Je ne connais rien de sa vie. Je ne minimise pas non plus. Voir une porte défoncée à coups de béliers et une personne menottée embarquée par des hommes en noir dans une voiture banalisé, ce n’est pas « rien ».
Je crois que ce qui m’a le plus perturbé, c’est le sort de Petite Fée pendant ses vingt-quatre longues heures. Qui s’est occupée d’elle ? Y avait-il quelqu’un pour elle ? Et comment lui expliquer que son Papa qui s’occupe d’elle depuis le départ de Maman ne sera pas là (à ce moment, on ne savait pas qu’il rentrerait rapidement).
La Gardienne qu’on a croisée, nous a dit que les voisins en face allaient partir à la fin de la trêve hivernale.
Et je me dis qu’avec le bol qu’on a côté remplacement des voisins (on a eu des cas gratinés depuis 10 ans, principalement au Troisième Étage Gauche) … on va hériter soit d’un cas social qui picolera et tapera sur sa femme et ses gamins à longueur de cuites, soit on héritera d’une famille de dingues qui se défenestrera pensant avoir vu le Diable dans son appartement, soit on héritera, d’une mère célibataire incapable de gérer ses Pokémon mutants croisés Gremlins (on donne dans le genre depuis quelques mois), soit d’un tueur à gages en préretraite… quoi que là, limite, ça nous fera des vacances 😀

Ajout au texte d’origine :
Au mois d’octobre 2016, quelques mois après cette histoire, l’appartement a été cambriolé. Il était vide mais étrangement, les plinthes ont été arrachées, les interrupteurs électriques retirés des murs et le lavabo a été désencastré. « Élémentaire mon cher Watson ! »
Et après, je me demande pourquoi l’arrivée prochaine des nouveaux voisins fait grimper mon taux de stress …
Comment ça je suis paranoïaque ?
Avant, j’étais gentille, mais ça, c’était avant … !
Je vous souhaite une belle journée, douce, sereine, zen, gourmande et lumineuse !
Profitez de la vie !
♥ Plein de bisous doux ♥
Cenwen
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